mercredi 17 avril 2019

Rupture conventionnelle collective

Un nouveau sigle s’est imposé dans la langue des manageurs : RCC, pour « rupture conventionnelle collective ». Instauré par les « ordonnances Macron » de septembre 2017 sur la réforme du code du travail, ce dispositif offre la faculté à un employeur de se séparer de salariés, sur la base du volontariat et selon des modalités plus simples que celles qui prévalaient auparavant. A ce stade, ce sont surtout des entreprises d’au moins 250 personnes qui y ont recours.
Derniers exemples en date : la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et Carrefour, qui ont exprimé, en mars, leur intention d’appliquer une telle mesure. Le but est de conduire des réorganisations « à froid », avant que les clignotants ne passent au rouge, dans un esprit consensuel – si possible. Mais, sur le terrain, ces nouvelles pratiques ne passent pas toujours très bien.

Ce relatif succès tient au fait que la RCC dicte moins de contraintes à un patron : contrairement à un plan de départs volontaires (PDV) « classique » ou à un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), « il n’est pas nécessaire d’invoquer une difficulté économique, imminente ou à venir » Mais la disparition de certaines obligations dans la RCC, par rapport au PDV et au PSE, ne signifie pas pour autant que « c’est “open bar”, côté entreprise », nuance M. Ray : la direction ne peut enclencher le mécanisme que si elle a conclu un accord avec des syndicats ayant recueilli au moins 50 % des voix lors des dernières élections professionnelles. En plus du feu vert des syndicats majoritaires, un autre consentement doit être obtenu :« Celui des services déconcentrés du ministère du travail, qui s’assurent notamment que la RCC ne vise pas, entre autres, à faire partir les seniors pour rajeunir les effectifs »
Bertrand BISSUEL, Le Monde, 17 avril 2019

QUESTION : En quoi la RCC se distingue-t-elle des procédures classiques ?

mercredi 10 avril 2019

Les quatre rituels d'entrée dans l'âge adulte

Là où les problèmes explosent, c'est entre adolescence et âge adulte. A ce moment de la vie, beaucoup d'entre vous ont déjà été sacrifiés. La France compte près de 2 millions de jeunes NEET (not in employment, education or training, ni à l'école, ni en emploi, ni en formation). Moins de 45 % des non-qualifiés âgés de 20 à 30 ans ont un emploi.

Certains préfèrent éviter ce cauchemar et choisissent les filières techniques, comme celles qui mènent au BTS (brevet de technicien supérieur), pour en faire un marchepied vers la poursuite d'études longues. Ce faisant, ils prennent la place de ceux qui auraient vraiment besoin d'un BTS. De même, l'apprentissage s'est beaucoup développé pour les bac +5, au lieu de profiter d'abord aux moins formés. Etc. De ce fait, votre entrée dans la vie adulte devient un chemin de croix. Tout se passe comme si le pays s'acharnait à vous empêcher d'accomplir les quatre rituels qui la marquent.

Un seul de ces rituels est plus simple qu'avant : l'entrée dans la vie de couple.
Le rituel de l'entrée dans la vie active, lui, s'est transformé en casse-tête. A la sortie de l'école ou de l'université, rares sont ceux d'entre vous qui maîtrisent un métier, et c'est compréhensible. L'employeur hésite à vous recruter. D'autant plus qu'il doit vous payer au moins le SMIC, et que ce SMIC est relativement élevé comparé au salaire médian(la moitié des salariés gagnent plus, l'autre moins). Et si vous trouvez enfin un emploi, il y a des risques que cet emploi ne corresponde pas à votre diplôme. D'après une étude du CEREQ (Centre d'études et de recherches sur les qualifications), la moitié des jeunes licenciés occupent cinq ans plus tard un emploi inférieur à leur qualification !
Troisième rituel de l'entrée dans la vie adulte devenu horriblement compliqué : l'obtention du permis de conduire.
Dernier rituel : l'accès au logement. Vous avez du mal à acheter un logement, car les prix se sont envolés. Du mal à louer, car les loyers sont élevés et les garanties exigées trop lourdes. Et vous êtes, bien sûr, trop jeune pour être depuis longtemps dans une file d'attente permettant d'accéder au logement social.
Jean-Marc VITTORI, Les Echos, 9 avril 2019

QUESTION : Qu'est-ce que le déclassement ?

lundi 8 avril 2019

La reprise de l'industrie textile en France


Longtemps sinistré, le secteur redémarre, tiré par le luxe et les textiles innovants. Au prix d’un bouleversement total de sa production, le prêt-à-porter bon marché a laissé place à des produits à forte valeur ajoutée. Symbole des ravages de la désindustrialisation, l’industrie textile tricolore renaît peu à peu de ses cendres. Les chiffres publiés par l’Insee, le 12 mars, en témoignent : le chiffre d’affaires du secteur textile a enregistré en 2018 une hausse de 1,7 % en France, tandis que les créations d’emplois ont progressé de 0,9 % sur un an. De bons résultats confirmés par l’Union des industries textiles (UIT), selon laquelle après quarante années de décroissance, le nombre de salariés de la filière a progressé pour la première fois de 3,6 % en 2017.
Le secteur revient de loin. On connaît l’histoire : dès les années 1970, la France a vu filer ses métiers à tisser et ses ateliers de confection vers les pays du Sud et l’Europe de l’Est, qui offraient un coût de la main-d’œuvre moins élevé. « Le mouvement de délocalisation s’est accéléré à partir de 2005, avec la fin des quotas sur les importations textiles », se désole Yves Dubief, président de l’UIT.
A cette époque débute la mainmise des pays asiatiques sur cette industrie. Depuis, des vêtements « made in Monde », au coton filé par des petites mains pakistanaises, imprimés dans des usines roumaines et assemblés dans des ateliers tunisiens déferlent dans les grandes enseignes de prêt-à-porter
Catherine QUIGNON, Le Monde, 8 avril 2019

QUESTION : Quels sont les facteurs du redémarrage de l'industrie textile en France ?

jeudi 21 mars 2019

L'extraction de ressources a plus que triplé en cinquante ans

Selon les chiffres de l'International Resource Panel, le prélèvement de ressources naturelles a fortement augmenté dans les dernières décennies. L'ONU Environnement alerte sur les conséquences environnementales de cette tendance et met en avant le rôle des pays les plus riches et émergents. Globalement, la région Asie-Pacifique est désormais la principale responsable de l’extraction (57%) et de la consommation (60%) des ressources naturelles. En cause, la démographie de la région, mais aussi la hausse des niveaux de vie et de la production industrielle puisque les auteurs notent que, depuis 2012, la consommation intérieure par tête des pays aux revenus «intermédiaires-supérieurs» (comprendre les pays émergents) a dépassé celle des pays à hauts revenus.

Attention cependant : il n’y a pas de réel rattrapage, et les chiffres de consommation masquent la délocalisation des industries lourdes, plus consommatrices de matériaux et plus polluantes, dans les pays émergents. Dans ces pays comme la Chine, la consommation de matière a certes beaucoup augmenté, mais en partie au bénéfice des pays les plus riches.
Ainsi «l’empreinte matière», qui désigne l’ensemble des ressources naturelles impliquées dans la production d’un bien, reste encore bien plus élevée pour les pays les plus riches. Car si l’on considère qu’un Européen doit se voir attribuer non seulement la matière qui compose son ordinateur (quelques kilos de métal tout au plus) mais aussi la matière et l’énergie nécessaires à sa construction, la part des ressources naturelles qu’il utilise n’est plus la même. Avec cet indicateur, en moyenne, la consommation des pays les plus riches est à l’origine de 35% de l’utilisation des ressources mondiales et s’élève à 27 tonnes par habitant.
Julien GUILLOT Nathan MANN, Libération, 21 mars 2019
QUESTION : A quoi doit-on comparer l'empreinte matière ?

samedi 16 mars 2019

Le paradoxe de la taxe carbone


L’application en pratique de la taxe carbone, idéale en théorie, soulève des difficultés qui montrent l’importance de disposer d’alternatives bas-carbone mobilisables pour les acteurs, sans quoi une hausse du prix du carbone aura pour conséquence une réduction du bien-être, en particulier pour les ménages les plus contraints. 
Dans la théorie, ce type de taxe provoque ce qu'on appelle "l’élasticité-prix" : en possession de toutes les informations nécessaires, un agent économique rationnel choisirait l'option la plus efficace pour satisfaire ses besoins. En l’occurrence, face au renchérissement du coût des combustibles fossiles, nous devrions privilégier des modes de transports alternatifs, plus doux, plus sobres, plus collectifs. Or, dans le monde réel, "l'élasticité prix", ou la capacité de changer ses habitudes, c'est plus compliqué.  D'abord par ce que tout le monde ne dispose pas de toutes les informations nécessaires : notamment la possibilité de recourir à des primes, ou au chèque énergie dans ce cas précis. 

4 priorités devraient guider l’action des pouvoirs publics pendant cette pause : (1) renforcer les capacités de changement en finançant la transition ; (2) préserver le budget des ménages en leur versant une « prime de transition écologique » annuelle ; (3) rééquilibrer la contribution de tous les secteurs à la transition ; (4) donner des perspectives claires d’évolution des secteurs pour atteindre la neutralité carbone.
Rapport de l'IDDRI, Propositions, mars 2019

QUESTION : Pourquoi l'application de la taxe carbone est-elle difficile ?

lundi 11 mars 2019

Impôts sur les sociétés : l'écart se réduit en France

Les grands groupes parviennent toujours à alléger la facture, mais la différence avec les PME diminue. Il est plus ou moins admis que les grandes entreprises avec leurs armées de comptables et de conseils ont les moyens de réduire la facture par toute sorte de dispositifs légaux. En 2015, leurs taux effectifs s’élevaient à 17,8 % contre 23,7 % pour les PME.

Toutefois, cet écart entre les gros et les petits tend à se réduire. « On constate, remarquent les économistes, une convergence partielle : le taux implicite moyen des grandes entreprises a augmenté, passant de 10 % à 17,8 %, quand le taux implicite moyen des PME a légèrement baissé, passant de 27,7 % à 23,7 %. »
Elise BARTHET, Le Monde, 11 mars 2019

QUESTION : Quelle est la cause de ce rapprochement ?

mardi 5 mars 2019

En 40 ans, la mobilité sociale des femmes a progressé, celle des hommes est restée quasi stable

En 2015, 65 % des hommes âgés de 35 à 59 ans relèvent d’une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur père, une proportion quasi stable depuis quarante ans. 28 % des hommes occupent une position sociale plus élevée que celle de leur père et 15 % une position inférieure. Les trajectoires ascendantes comme descendantes sont plus fréquentes qu’en 1977 (respectivement 24 % et 7 %).

En 2015, 71 % des femmes âgées de 35 à 59 ans relèvent d’une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur mère, soit 12 points de plus qu’en 1977. 40 % des femmes occupent une position sociale plus élevée que celle de leur mère et 12 % une position plus basse. Leurs trajectoires sont donc globalement plus favorables que celles des hommes comparés à leur père. Cependant, si les femmes occupent fréquemment une position sociale plus élevée que leur mère, cela n’est toujours pas le cas par rapport à leur père : 25 % des femmes ont connu une trajectoire descendante par rapport à leur père et 22 % un parcours ascendant.
Marc COLLET et Emilie PENICAUD, INSEE Première, 27 février 2019
QUESTION : En quoi les femmes sont-elles plus mobiles que les hommes ?